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LE
JOURNAL DU BELC 2000
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Début septembre 1938, Jacques Prévert quittait Paris le coeur battant. Il allait rejoindre Jacqueline Laurent, la jeune vedette française qui se trouvait à Hollywood et qui lui manquait déjà terriblement. Volontiers casanier, l'amour lui donnait des ailes. Le Havre-New York à bord du" Normandie" qui, depuis deux ans, arborait le "ruban bleu" en alternance avec le "Queen Mary", fleuron de la Cunard Line, était le rêve de tous les Français.Traverser l'Atlantique à plus de trente noeuds de moyenne à bord du paquebot fut pour Jacques Prévert un souvenir inoubliable. C'est un" ours" rayonnant et ravi de son voyage qui débarqua à la pointe sud de Manhattan où l'attendait une Jacqueline plus belle que jamais, mais à laquelle les coiffeurs et les maquilleurs de la Metro-Goldwyn-Mayer avaient fait perdre un peu de ses allures et de son teint de" Petite Fille".En l'attendant elle a déjà balisé le terrain depuis quelques jours en visitant New York sous la houlette de Spencer Tracy. Après des jours entiers passés au pied des plus impressionnants buildings du monde, la ville de Los Angeles, gagnée au prix d'interminables heures d'avion (près de cinq mille kilomètres séparent New York de la grande cité californienne), apparut bien provinciale à jacques Prévert, malgré son étendue considérable. La ville présentait une enfilade de rues, de boulevards et d'avenues et Jacqueline était toute heureuse de présenter "sa" ville à l'homme qu'elle aimait. Sunset Boulevard s'étirait sur plus de quarante kilomètres, bordés de constructions basses et de maisons individuelles précédées de carrés de gazon taillés aux ciseaux et entretenus avec un soin maniaque. Rares étaient les immeubles dépassant quatre étages. La plupart n'en comptaient qu'un. En raison des tremblements de terre qui ébranlaient régulièrement la région la loi interdisait la construction de bâtiments dépassant quarante-six mètres de hauteur. Ainsi la tour de City Hall dominait-elle de ses modestes treize étages d'un blanc éclatant la masse compacte du Civic Center où étaient réunis les édifices administratifs, et le coeur historique de L.A . -comme les Angelinos appellent affectueusement leur cité. Jalousement conservée telle que les Hispano-Mexicains, des franciscains espagnols, l'avaient construite au début du XIX-e siècle autour de Nostra Senora la Reina de Los Angeles, s'érigeait la plus vieille église de la ville.. La route qui conduit de Los Angeles à San Francisco longe l'océan Pacifique sur la presque totalité des sept cent quarante kilomètres séparant les deux villes-phares de la côte Ouest nord américaine . Les conquérants espagnols qui l'avaient tracée au XVII-e siècle l'appelaient El Camino Real, "le chemin du roi", tant était somptueuse et variée la nature qu'elle traversait Dès la sortie de Los Angeles, les noms des localités bordées
de plages de sable fin chantaient à l'oreille : Santa Monica, Malibu,
Santa Barbara. |
La proximité d'Hollywood, "la Mecque du cinéma", selon le titre d'un reportage de Blaise Cendrars, sembla lui donner des ailes puisqu'il entreprit parallèlement la rédaction d'une comédie dans le style américain de l'époque, "Demain nous serons heureux", dont le héros farfelu se déplaçait dans les lieux mêmes qui l'avaient intéressé durant son voyage jusqu'en Californie. Il refusa pourtant catégoriquement de pénétrer le milieu du cinéma : "Je ne veux voir personne" ! Et durant tout son séjour il ne mit pas les pieds à la Metro-Goldwin-Mayer. Il se contenta de brèves visites dans les hauts lieux d'Hollywood que lui indiquait Jacqueline et de longues balades à pied comme celles qu'il faisait depuis l'adolescence dans les rues de Paris. Sur Hollywood Boulevard, il s'intéressa surtout aux grands théâtres Arts Déco comme Huntington, Hartfond Theatre et surtout l'imposant Egyptian Theatre où l'impresario et promoteur de spectacle Sid Grauman avait inventé, dès 1922, le système des "premières" d'Hollywood en présentant Robin des Bois avec Douglas Fairbanks devant un parterre de stars Prévert était bien dans les rues et n'avait aucune envie de visiter les studios. Son voyage représentait un dépaysement complet qui le comblait et il n'avait pas cherché à voir les choses du cinéma. S'il l'avait fait, ç'aurait été renoncer à l'agrément de son voyage pour entrer à nouveau dans la vie professionnelle. A l'approche des fêtes de fin d'année notre poète décida de regagner la France. En cette année 1938 les évenements étaient pour le moins inquiétants. La dernière replique de" Demain nous serons heureux!" traduisait son inquiétude devant certains préparatifs guerriers auxquels les populations refusaient de croire : "Mais ne rigolez donc pas comme ça, bande d'idiots! Vous ne comprenez donc pas que c'est sérieux?" Georgeta Luca georgeta1@caramail.com d'après Yves Courrière, Jacques Prévert. Ed. Gallimard, 2000.
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