LE JOURNAL DU BELC 2000

Retour au
Retour à  la page d'accueil
sommaire

 

 

Langues
Multimedia
Portraits
Loisirs
Gastronomie
Humour

 


 

Visite au mémorial
de Caen

 

 

Impressions et sensations d'une stagiaire

 

Entassés dans le hall, nous regardions les murs en attendant un guide . " Je me demande ce que nous allons faire ici ?" dit la slovaque. Mon regard se dirigea vers une inscription sur le mur : Guerre mondiale. Guerre totale. Je souris. Etait-ce une réponse à la question de la slovaque ? Une idée germa. Et si j'écrivais mes impressions ? Je regardai autour de moi. Et les stagiaires étaient attroupés dans un amalgame de nationalités. Je demandai à mon voisin sa nationalité : " Français, de l'Alsace précisément ", je ris. L'Alsace a connu la guerre. Une pyramide en verre devant moi et la slovaque avec son éternelle question. " Tu ne vois pas que j'écris ?"
"Pardon ", dit-elle. " ça va petite mère ?" "Dis plutôt mère-grand " répondis- je, piquée dans mon amour propre face à cette jeune stagiaire de l'âge de ma fille. " C'est très normand ce que je te dis là ", releva-t-elle d'une voix traînante et nasillarde. Je lui souris et relevai la tête, intriguée par l'avion accroché au plafond. Un Typhon, avion de chasse britannique. La cible était multinationale. Je pensai au moment où nous devrions nous jeter à plat ventre ou courir aux abris quand le guide annonça : " vous allez commencer par la partie muséographie ".


L'hélice commençait à tournoyer, le moteur à ronfler. Je regardai avec angoisse les bombes alignées en dessous des ailes de l'avion. Personne dans le groupe ne sembla préoccupé outre mesure par cet engin qui planait au dessus de nos têtes. Il me semblait voir l'aviateur rire aux éclats, dans un rire de déraison propre aux combattants lors de l'affrontement final. Je courai pour pénétrer dans l'abri. Le guide avait parlé de jour J , de bataille, de guerre et j'étais plus sûre d'échapper aux tirs de cet avion . Je n'y échappai pour ainsi dire que pour mesurer l'ampleur des dégâts, le nombre de victimes dans le monde. Un million huit cent mille en Allemagne, un million sept cent mille en Russie, un million trois cent mille en Autriche, sept cent quarante mille au Royaume-Uni, sept cent mille en Italie, cent dix mille aux Etats-Unis et quatre cent mille victimes belges. La première exposition était intitulée : " la faillite de la paix ". C'était bien dit. Tout peut faire faillite, même la paix. Et les dates défilèrent devant mes yeux : Moscou 4 mars 1919, le 20/06/1919 Traité de Versailles, le 10/01/1920 Pacte de la Société, 12/03/1921 le traité de Riga fixe la frontière de la Russie. En 1922 la France chante la Java. Le 15 octobre 1925, le traité de Locarno fixe le statu quo des frontières occidentales de l'Allemagne. En 1927, Staline s'impose seul maître de Russie ; le 27/08/1928 le Pacte Briand Kellogg met la guerre hors la loi. Et c'est la crise en 1929 ; le crash boursier né en Amérique va se propager au reste du monde. Le 13/07/1931 c'est la faillite financière de l'Allemagne.

Et je regarde, impuissante la misère s'étendre comme la peste sur les photos noir et blanc de l'exposition. Puis le 18 septembre 1931 c'est l'agression japonaise en Mandchourie chinoise. Et le 30 janvier 1933 Hitler devient chancelier à Berlin. Et Hitler se tient droit devant ses hommes. Malheur à celui qui ne dirait pas " Heil Hitler !". La croix gammée et le drapeau allemand sont aux premières loges des tableaux.
Et la guerre continua. Le 3/10/1935 l'armée italienne pénètre en Abyssinie. Le 7/03/1936 Hilter remilitarise la Rhénanie. Le 17/07/1936 il y a un soulèvement contre la République espagnole. Le 01/11/1936, c'est la proclamation de l'axe Rome/Berlin. Le 7/07/1937 la guerre sino-japonaise. Le 12/03/1938 l' Autriche est rattachée au troisième Reich. Le 29/09/1938, à la conférence de Munich, la France et la Grande-Bretagne acceptent le démembrement de la Tchécoslovaquie. " C'est la première fois que l'on parle de la Tchécoslovaquie " me dit-elle avec son accent slave. Je la croyais morte sous les bombardements. Je la regarde sans expression. Elle dérange mes dates prises dans la pénombre.

 

 

 

 

Le 15/03/1939, la Bohême et la Moravie sont occupées par les Allemands. Le 23/08/1939, c'est la signature du Pacte germano-soviétique du Ribbentrop et Molotov en présence de Staline. La tête me tournait de tous ces traités, de tout ce sérieux d'hommes harnachés de leurs grades, des leurs décorations et qui ne prévoyait rien de bon.
En effet nous entrâmes dans les années noires et ce fut une mobilisation générale. Soixante et un millions d'habitants ajoutés aux troupes indigènes vivant sous le colonialisme. Je cherchai mon beau-père parmi les photos. Ce serait vraiment extraordinaire de l'amener ici et de lui dire : " regarde-toi !". Lui qui aime tellement raconter sa bataille sur le Mont Pacino ou en Alsace.


Mon père, lui, nous conte toujours en riant aux éclats son engagement dans l'armée française: " aux premiers exercices d'entraînement, l'armistice fut signé" avait-il dit à mon mari qui porte l'uniforme. Cinquante-huit régiments de troupes indigènes dont dix-sept sénégalaises. Un million d'hommes périt. La guerre s'arrêta là pour moi. Je débouchai tout de même dans le couloir de la mort où des bougies éclairaient des tableaux de martyrs juifs.


Aussitôt sortie à la lumière une jeep réelle pétarada dans ma direction et découvrit tout un arsenal de guerre. Des fusils US carabine M1, submachine calibre 45, des baïonnettes allemandes, pistolets 38 avec chargeur gewehir 43 et des grenades comme des œufs de Pâques : grenades quadrillées, grenades à manches, grenades œufs.


" Turn in your ideas To do it Better faster " hurla un soldat sur l'affiche. Et je vis un char. L'aïeul de l'actuel. Je suis déjà montée sur un T54 . Un autre plus récent aussi. Américain. Au sud du Maroc. Avec mon mari. Celui-ci est numéroté USA 6329. Il n'a pas de canon mais il a des chenilles. Un petit bruit continu me titilla l'oreille. Un télé-imprimeur-transmetteur-récepteur modèle Creed 1940 lançait des messages à travers le mémorial de Caen sous le doigt impatient du soldat. Des messages sur tous les murs : Guerre mondiale, guerre totale. Un cargo surgit de je ne sais où sur l'océan - Henri Kaiser propriétaire des chantiers navals venait de le mettre à flots. Il en fabriquait un tous les douze jours pour les besoins de la guerre. Et le gigantesque porte-avion -Intrepid- souligna l'horizon sans bruit. Il était long de 267,21 mètres, large de 45, avait une vitesse de 33 nœuds, un effectif de 3240 hommes et pouvait transporter 70 avions. Décidément toutes les armes de guerre étaient au rendez-vous. Un U. Boot allemand pouvant transporter 14 torpilles ou mines, un canon de 88 millimètres et une mitrailleuse de 20 millimètres

.
Et nous arrivâmes au jour J . " Pourquoi le jour J ?" me demanda une brésilienne. Chez nous on dit D. Day. Et mon esprit s'illumina. D comme Day et J comme jour. Bonne réponse. Je suis bêtement contente de cette trouvaille. Nous sommes entrés au cinéma pour voir la guerre comme une distraction alors qu'il y a encore la guerre dans plusieurs parties du globe. Au Kosovo. Au Liban. En Israël... Et sur le double écran ils ont fait la guerre pour nous. Ils ont embarqué d'un côté sur un bateau, de l'autre ils ont débarqué devant un blockaus. Des chaînes. Des troupes. Des rails. Des hommes. Des vagues. Des engins amphibies. Des avions. Des filets. Des sentinelles. Des messages. Branle-bas de combat. Des avions. Des sirènes. La guerre. L'horreur. Des orgues de Staline. Des abris. Un couvre-feu. Des bombes. Le débarquement. Le débarquement. La guerre à gauche. La guerre à droite. Sur l'écran. C'est fini. Nous sommes un peu déçus. Nous aimerions, j'aimerais que la guerre continue, que le film continue pour nourrir les sensations.

 

Malika Chébani (Maroc)

 


 

Pour aller plus loin ....
http://www.memorial.fr


 
Langues
Multimedia
Portraits
Loisirs
Gastronomie
Humour

 

Envoyez-nous vos remarques
et vos suggestions à :
cyberjournal@caramail.com

S'inscrire à la liste de diffusion
des participants du stage BELC 2000