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Antonymie
Une matinée d'été, nous nous arrêtâmes à un village bondé. Rassasiés
et reposés car nous dormions depuis trois jours grâce aux somnifères,
nous nous rafraîchissions de l'eau de la fontaine. Des canaris immobiles
sur un muret ne sifflotaient plus. Un groupe de vieillards se faufila
dans l'avenue. Nous les ignorions. C'est alors que nous débouchâmes près
de la zone de paix. Je ne remarquai pas que Tiphaine avait un bouquet
de fleurs dans son casque tombé de son ceinturon. Mais je le lui dis.
Samira Boucherit et Fadella Ouedarbi (Algérie)
Aquatique
Un soir d'une mer gelée par la mousson, nous voguions vers une île sans
âme. Affamés comme un requin qui guette sa proie et fatigués comme une
tortue de mer à la veille de la ponte, car nous nagions depuis trois cyclones
sans embellie, nous nous posâmes sur les arêtes fêlées des coraux. Des
dauphins sombres sortaient la tête de l'eau avec un bruit de volcan sous-marin.
Un banc de tilapia jaillit d'un tunnel. Nous regardions comme des thons
en face des chalutiers et comme le bourgeois écoute les plaintes stridentes
des dauphins. Plus tard, comme nous nagions près d'un aquarium, je sentis
que Tiphaine avait un bouquet superbe de goémons sous un corail suspendu
à un rocher. Je ne le lui dis pas.
Mohamed L. Kanté (Seychelles)
Familier
Jeudi 10 juillet, à 14 heures précises, deux mecs crevant la dalle, terrassés
par la fatigue, par un froid de canard dans un bled perdu. Cavalant pendant
plus de 72 heures, ne pensant qu'à un truc : poser leur derrière sur un
grand machin en dur. Babas devant les cris des mômes et des volatiles,
ils sont restés cloués au même endroit plus de 10 heures. 24 heures après,
Tiph, complètement à côté de ses pompes, ignorait qu'une boule de neige
se collait à lui. Son ami Rick s'en foutait également (Le Figaro,
12 juillet)
Malika Aissat, Naïma Belbahar, Mme Drenden
Vampires
Un soir macabre d'un hiver pluvieux des Carpates, nous errions dans le
château désert. Assoiffés de sang, nous nous arrêtâmes à la fontaine qui
reflétait le noir de nos âmes. Des oiseaux noirs, sombres messagers, s'évertuaient
à prévenir ces enfants innocents de notre imminente arrivée. Nous dévorions
du regard et écoutions avec impatience leurs cœurs battre. Plus tard,
lancés sur nos proies, je remarquai que la tête ensanglantée pendue au
ceinturon de Dracula sentait l'ail. Je ne le lui dis pas.
Christophe Hemmings (France en Roumanie)
Une boule de
neige
Une nuit d'hiver, au milieu d'un village désert. Affamés et fatigués,
nous nous affalâmes sur le muret de la fontaine. Au bout d'un silence,
bombardement des cris des oiseaux et des enfants. La reprise de la marche.
Une boule de neige dans le casque pendu au ceinturon de mon compagnon
Tiphaine. Il a souri, mais je sais que cette boule lancée par un enfant
du village va exploser et colorer la terre de son sang.
Akira Hamada
Conte de fées
Il était une fois un soir d'hiver, des soldats du roi traversèrent
un château de sorcier. Épuisés et sans rien avoir mangé depuis des jours,
ils ne purent plus marcher et s'arrêtèrent près de la fontaine. La nuit
tomba complètement. La fontaine émettait des bruits sinistres. Tout à
coup, des oiseaux lancèrent des cris rauques, comme si le sorcier menaçait
les soldats perdus. Ensuite apparut un groupe de nains qui commencèrent
à danser en jurant contre eux. Les pauvres soldats frissonnaient, en restant
figés sous la neige, sauf Tiphaine qui avait un fils de la même taille
que les nains.. Un moment terrible s'écoula. Les voilà près de la zone
de combat. On remarqua que Tiphaine avait une boule de neige dans son
casque. Ce fut un cadeau des nains pour le fils de Tiphaine.
Kei Shionoya
La fontaine
de Satan
Un soir obscur et macabre, nous traversions un village de
zombies. L'estomac translucide et troué car nous peinions depuis trois
lunes sans la moindre verdure, nous nous assîmes sur le muret bleu qui
enlaçait la fontaine de Satan. Des oiseaux noirs lançaient des cris métalliques.
Un groupe de démons gluants jaillit d'une venelle maléfique. Nous les
fixions, figés de terreur et buvions leurs flèches rouges d'enfer. Plus
tard, comme nous arrivions près de la zone sanguinolente, je remarquai
que Tiphaine avait un iceberg dans sa muselière.
Mme Tobbal Seghir, Mme Messaneri,
Mme Hamidou, M. Mameri, N. Nasr
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Poème à la
Prévert : Soir d'hiver
Soir d'hiver
Village désert
Faim, fatigue
Sans repos
Sans eau
Fontaine
Oiseaux noirs
Cris rauques
Enfants
Ruelle
Regards
Regards étonnés
Cris aigus
Zone de combat
Zone de joie ?
Non.
Regard
Droit sur casque
Boule de neige
Motus et bouche cousue.
Malika Chebani (Maroc)
Poème
Un
soir en plein hiver
Traversée d'un
village désert ;
La faim nous tenaillait,
La fatigue nous terrassait.
Cette marche interminable
Était absolument lamentable ;
Nous errions depuis trois jours
Traînant des pieds comme des balourds,
Sans le moindre repos,
Sans nourriture et sans eau.
Le muret qui se trouvait là
Nous tendit tendrement ses bras
Et fut comme une bénédiction
Pour nos très douloureux arpions.
La fontaine ne pouvait pourtant nous désaltérer,
Elle avait malheureusement été vidée.
Des corbeaux
volaient très bas en croassant,
Leurs cris rauques
fendaient la nuit, portés par le vent.
A notre plus grand étonnement,
D'une rue surgirent des enfants
Poussant des cris perçants
Et nous les écoutions, assis sur le muret croulant.
Près de la zone de combat,
Que Tiphaine et moi avons rejoint au pas,
La boule de neige
M'apparut dans le casque de Tiphaine :
Je me tus pour garder cette image enfantine
Là où la guerre poursuivait son œuvre assassine.
Martine Rousseau (France)
Poème : Par
un soir d'hiver...
Par le soir tombant d'hiver,
Nous traversions un village désert
Affamés, harassés, fatigués
Nous nous assîmes sur le muret
Sans voir de la fontaine le débit
Ni écouter des oiseaux noirs les cris
Car nous marchions sans répit.
Quand soudain des enfants en ribambelle
Débouchèrent en courant d'une ruelle
Nous les regardions bien étonnés
Et écoutions leurs cris bien aiguisés
Tantôt sur leur zone de combat
Tous ensemble, nous arrivâmes
Mon regard sur le casque de Tiphaine tomba
Une boule de neige, ô l'infâme
S'y tenait. Je ne le lui dis pas.
Malika Chebani (Maroc)
Sans titre
Un soir d'hiver pluvieux et glacial, nous sillonnions un
village sinistré, désert. Emportés par un flux de faim et un reflux de
fatigue car nous nous noyions depuis trois jours sans le moindre repos,
nous passâmes le long d'un muret envahi par les eaux débordantes de la
fontaine. Un nuage d'oiseaux noirs passait en grondant. Un groupe d'enfants,
telle une vague enragée, déferla d'une ruelle. Nous les regardions étonnés
et écoutions leurs cris : éclats de tonnerre ! Plus tard, comme nous arrivions
près de la zone de turbulence, nous remarquâmes que Typhon avait une boule
de neige suspendue à son arc-en-ciel. Je ne l'ai pas prévenu.
Amel Merchouari Mokdad, Najah Hellab,
Férida Akermi, Hafidha Lamine Ben Dhaou
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Le Petit Chaperon Rouge entra dans les " Galeries Lafayette
". Maître loup sur une caisse perchée lui établit la liste des mets.
Lui - n'y figurait pas.
Mohamed Kassoul (Algérie)
Sur un lit de roses blanches, reposait le corps de la grand-mère.
Le Petit Chaperon Rouge arriva avec son panier et reconnut son aïeule
dans le linceul. A son chevet, le loup pleurait à chaudes larmes. La fillette
entreprit de le consoler.
Tobbal Seghi Ouahiba
Le Petit Chaperon n'était pas rouge. Il ne l'a jamais été
d'ailleurs ! Tout ceci n'est qu'affabulation. Le loup la rencontra cependant
et lui fit un brin de causette, mine de rien. Mais elle était futée et
comprit vite qu'elle avait trop parlé. Le loup en fut fort puni quand
il comprit qu'il ne croquerait pas la mère-grand cette fois-là non plus.
Martine Rousseau (France)
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Chaperon Rouge en poème
Donne la mère
Couffin à Chaperon Rouge
Va, cours, saute
Loup interroge
Où vas-tu petite ?
Tu seras à ma poursuite
Va, cours, saute
Le loup frappe à la porte
Mère grand dans le ventre
Diantre ! Chaperon Rouge se lamente.
Amel Merchaoui Mokdad, Férida Akermi Mohamed
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Texte initial
Quand Tartamella arrête le moteur de la camionnette bâchée,
c'est le lever du jour sur la rivière Roïa. Il s'est arrêté en contrebas
de la route, sur la plage de galets, devant le courant de l'eau rare,
couleur de ciel. Il allume une cigarette, et il entend les voix des hommes
qui s'ébrouent à l'arrière de la camionnette, avant de descendre. Il leur
crie encore une fois, de sa voix enrouée : " Terminus ! Terminus ! " Les
hommes descendent un à un de l'arrière de la camionnette, sans se presser,
comme s'ils avaient peur de faire trop de mouvements, après ces heures
passées à rouler sur l'autoroute. Ils sont nombreux, huit, dix peut-être.
De toutes les nationalités, Grec, Turc, Yougoslave, Tunisien. Il y en
a des maigres, et des petits, des gros, des bruns, des roux avec des yeux
verts, ou jaunes. Ils sont habillés, de toutes les façons, tricots épais,
pardessus d'hiver, blousons de faux aviateurs, ou complets-vestons élimés,
et ils parlent toutes sortes de langues. Mais quand Tartamella les regarde,
il les reconnaît bien, parce qu'ils sont tous semblables par la pauvreté,
l'inquiétude, la faim. Tartamella est debout devant eux, sur la plage
de galets. Il les regarde, puis il regarde le ciel, du bleu pâle et froid
des aubes d'hiver. Pour mettre les hommes à l'aise, il fait circuler un
paquet de cigarettes américaines. Chacun prend une cigarette en silence
et attend le feu. Miloz ne fume pas. Il regarde Tartamella comme s'il
pensait à autre chose. Il a un regard sombre malgré ses yeux bleus, et
son visage pâle. Tartamella est gêné par le regard de l'homme, et il cache
sa gêne sous un air de colère. Il dit brusquement en italien : " Qu'est-ce
qu'il y a ? " L'autre ne répond pas tout de suite, et quand Tartamella
lui tourne le dos en haussant les épaules, il dit : " Quand est-ce qu'on
part ? " " Tout de suite ", dit Tartamella. " Quand le guide sera là.
"
J.M.G. le Clézio, " Le passeur ", dans La ronde et autres
nouvelles, Gallimard (1982)
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Miloz ne voit pas ses camarades mais il sent leur
souffle et leur inquiétude. Soudain, le moteur s'arrête et il entend
le bruit de la rivière sur les galets. Puis une voix enrouée crie
" Terminus ! Terminus ! ".
Il saute lestement du camion après les autres et commence à dégourdir
lentement ses membres ankylosés. Il regarde ses compagnons et se
rend compte qu'ils sont de plusieurs nationalités mais tous dans
la même galère. Face à Tartamella sur la plage, il voit sans voir
et il entend sans écouter. Il est bien loin du lieu où il se trouve.
Il tend la main machinalement pour prendre une cigarette comme tout
le monde. Mais il ne fume pas. Il semble regarder Tartamella. Dans
le brouillard de sa pensée, une voix brusque dans sa langue maternelle
:
" Qu'est-ce qu'il y a ? ".
Il émerge quelque secondes après en dévoilant sa réelle préoccupation,
l'heure du départ.
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Il faisait presque noir. Dans la pénombre, Miloz, perdu
dans ses pensées, distingue à peine les passagers serrés. Chacun regardait
devant soi ; des visages sombres, à demi éclairés, se profilaient
et semblaient préoccupés par leur sort. Il entend le ronflement du
moteur, entrecoupé par les soupirs de ses compagnons anxieux. Une
petite lumière s'infiltrait à travers les déchirures de la bâche de
la camionnette qui s'arrête brusquement.
" Terminus ! Terminus ! "
Les voyageurs descendent un à un, il les suit à pas hésitants. Il
appréhende les jours qui viennent : travail, gîte, solitude ! Plongé
dans ses réflexions, Miloz prend la cigarette que lui tend le chauffeur
sans même s'en rendre compte. La voix de Tartamella lui demandant
ce qu'il y a , l'arrache à sa rêverie vagabonde où il se sentait tiraillé
entre un passé rassurant et un avenir imprévisible. |
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Arssata (Guinée), Iona (Roumanie), Marie (Amérique
Latine), Malika (Maroc)
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Farida Akrémi (Tunisie), Amel Merchaoui Mokdad,
Hafidha Hamine Ben Dhaou,
Najeh Halleb
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Le bourdonnement du moteur cesse enfin. Dans la pénombre qui l'entoure,
Miloz devine ses compagnons d'infortune qui semblent se réveiller
peu à peu. Il entend le chauffeur crier à leur adresse : " Terminus
! Terminus ! " et suit inconsciemment ces hommes. Il se retrouve
ainsi machinalement hors de la camionnette. Immobile, Miloz pense
à sa famille qui lui manque déjà. Il pense en particulier au plus
jeune de ses fils, dont la santé est fragile. Il se demande s'il
va réussir à passer, à trouver ensuite rapidement un emploi pour
subvenir au plus vite aux besoins de sa famille et prodiguer les
soins nécessaires à son fils malade. Toutes ces pensées sur l'incertitude
de l'avenir le préoccupent. C'est alors qu'il entend la voix du
chauffeur qui le fait sursauter. Il se rend compte brusquement qu'il
a une cigarette à la main et qu'il est sur une plage de galets,
devant le courant de l'eau rare, couleur de ciel.
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- " Qu'est-ce qu'il y a ? "
Miloz sursaute mais ne répond pas tout de suite et quand le chauffeur
lui tourne le dos en haussant les épaules, il se rend compte qu'il
est descendu de la camionnette, qu'il tient une cigarette à la main
et qu'il se trouve sur une plage de galets en compagnie d'une multitude
de personnes arrivées de pays différents mais unis par la même misère.
Il n'a également point remarqué le chauffeur distribuer des cigarettes
pour mettre les hommes à l'aise. Il est prix par ses pensées obscures
et a vaguement entendu " Terminus ! Terminus ! ".
Il pense aux hautes montagnes difficiles à grimper, à la route qu'il
restait à effectuer. Il exprime tout de même son anxiété au chauffeur
:
- " Quand est-ce qu'on part ? "
- " Tout de suite ", dit le chauffeur. " Quand le guide sera là ". |
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Fadella Ouedarbi (Algérie), Mohamed L. Kanté
(Seychelles), Martine Rousseau (France
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Vuamina Tshaka Mbenza (Angola),
Kumpoyila Mdofunsu (Angola), Kei Shionoya, Messamri Ourdia (Algérie),
Tobbal Seghir Ouahiba (Algérie)
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Variations
sur la vitesse de la narration :
exemples de dilatation
Texte initial
Puis il s'en alla, longea les quais. Il s'arrêta devant
une boutique d'antiquaire sur le quai des Grands Augustins. Un beau poignard
court attira son regard. Il le considéra longtemps, eut un sourire rusé
et continua sa marche. Il se coucha à minuit. Le lendemain matin, on frappa
à sa porte. Il alla ouvrir.
Albert Cohen, Solal (1930)
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Il était huit heures du matin lorsque Jacques quitta sa maison
à pas lents. Il resta longtemps à contempler les eaux de la Seine.
Puis il s'en alla en chantonnant vers les quais. Il marcha, marcha
et marcha encore avant de s'arrêter devant une boutique d'antiquaire
sur les quai des Grands Augustins. Le magasin était renommé pour
ses collections d'objets anciens. Il observait la vitrine lorsqu'un
beau poignard attira son attention. C'était un poignard doré, court,
à l'étui en cuir noir. Il entra dans le magasin et demanda au boutiquier
:
- " A quelle époque appartient ce poignard ? J'aimerais bien compléter
ma collection s'il ne coûte pas cher. "
- " Cet objet porte les initiales de mes arrière-grands-parents.
Il fait partie du patrimoine familial. Il est là pour le plaisir
des yeux. "
Alors, Jacques sortit du magasin, considéra encore longtemps l'objet
de sa convoitise, eut un sourire rusé et continua sa marche. Il
se coucha à minuit après avoir dîné avec les siens. Le lendemain
matin, il était encore couché, profondément endormi, lorsqu'on frappa
à sa porte. Il sauta de son lit et alla ouvrir. C'était l'antiquaire.
Malgré son air sérieux, il sourit à Jacques en lui disant :
- " Le poignard qui vous a tant séduit à disparu ! "
Messamri Ouardia, Hayet,
Tobbal Seghir Ouahiba (Algérie)
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Puis il s'en alla et longea les quais. A cette heure-là,
ils étaient à peu près déserts et les pavés luisaient d'humidité
sous le halos diffus des réverbères. Les mains dans les poches,
il s'éloigna de la rive de la Seine pour se rapprocher des boutiques
et contempler leurs devantures. Perdu dans ses pensées, il regardait,
sans vraiment les voir, tous ces objets exposés en vitrine. Il
se dit qu'il avait beaucoup de chance de rencontrer cette fille,
ce soir. Une chance inouie d'ailleurs, puisqu'elle n'aurait pas
dû être là ! Il songea avec délices qu'il allait la retrouver
le lendemain, pour la connaître mieux. Il repassait dans sa tête
les conversations qu'ils avaient eu ensemble au cours de la soirée.
Il s'arrêta devant une boutique d'antiquaire sur le quai des Grands
Augustins. Un beau poignard court attira son regard. Il le considéra
longtemps et se décida à entrer dans le magasin :
- " Bonjour, monsieur. Que puis-je faire pour vous ? "
- " Rien de particulier pour l'instant, je vous remercie ".
Il tourna dans la boutique pour ne pas paraître s'intéresser au
poignard et feignit de le découvrir, par hasard et avec nonchalance,
demanda alors :
- " Euh... si ce n'est le prix de ce poignard, s'il vous plaît.
"
- " 200 francs. "
- " Mais pourquoi est-il donc si cher ? "
- " Son manche ouvragé et incrusté d'émail est intact et sa lame
est en parfait état, en regard de son ancienneté. "
- " Ah bon ! Et il date de quand ? "
- " 1850, sans aucun doute possible. "
- " Et qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer aussi précisément
? "
- " Sa facture est typique du milieu du XIXe siècle et le tranchant
de sa lame également caractéristique. "
- " Très bien. Je vous remercie. "
Il eut un sourire rusé que le commerçant ne parut pas remarquer
et continua sa marche. Ce soir-là, il se coucha à minuit. Le lendemain
matin, on frappa à sa porte. Il alla ouvrir et se trouva nez à
nez avec l'antiquaire qui l'accusa de lui avoir dérobé le poignard
tant convoité.
Martine Rousseau (France)
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